Les habitants de la ville de Bukavu et de la province du Sud-Kivu sont appelés à adopter un mode de vie responsable, notamment en dormant suffisamment et en évitant la consommation de substances psychoactives.
C’est la principale recommandation de Birindwa Zagabe Pacifique, épidémiologiste et expert en santé publique, et de Madame Murhima Bashoshere Antoinette, psychologue clinicienne au centre SOSAME, lors d’un entretien avec un reporter de Fact OGL ce vendredi 11 juillet 2025.
Un bond inquiétant des consultations
Selon les données du centre, les chiffres ont plus que triplé en un an :
« Au premier semestre 2024, on comptait environ 1 607 consultations uniquement à Bukavu. Pour la même période en 2025, nous sommes à 4 865. Ce chiffre dépasse largement le double, c’est un record absolu », a déclaré Birindwa Zagabe Pacifique.
Les femmes, principales victimes
Selon le même expert, les femmes sont les plus touchées, notamment à cause de la précarité sociale et économique qui sévit dans la région.
« Sur les 4 865 cas, 2 467 concernent des femmes, soit 51,7 %, contre 2 398 pour les hommes, soit 49,3 %. »
Une situation sécuritaire et sociale explosive
Depuis février 2025, la ville de Bukavu est sous tension suite à son occupation par le mouvement AFC/M23. Ce contexte a fortement aggravé les troubles mentaux dans la population.
Madame Antoine Murima, psychologue au centre SOSAME, dresse un tableau sombre :
« La fermeture des banques, les cas de justice populaire, les pillages nocturnes, les tueries, les déplacements massifs de population… Tous ces événements traumatisants affectent profondément le psychisme des habitants. S’ajoutent la pauvreté, l’insécurité alimentaire, la déscolarisation, l’arrêt de nombreuses activités commerciales et le chômage. »
Les enfants aussi en détresse
Les enfants sont également victimes de cette crise. Certains ont assisté à des scènes horribles, d’autres ont vu leur scolarité interrompue.
« Ils vont à l’école sans savoir s’ils rentreront. Certains font des cauchemars. C’est une génération en danger », alerte Mme Murima.
La société civile s’inquiète
Murhula Macumbiko, président de la société civile du noyau d’Ibanda, tire également la sonnette d’alarme :
« La situation socio-économique est chaotique depuis l’arrivée de l’AFC/M23. En plus de la fermeture des banques, il y a une prolifération des taxes aux entrées des territoires. Les agents des services Mobile Money imposent des frais exagérés pour chaque retrait ou dépôt. Tout cela pèse lourdement sur la santé mentale des citoyens. »
Le centre SOSAME, pilier de la santé mentale au Sud-Kivu
Le centre neuro-psychiatrique SOSAME est une œuvre de la Congrégation des Frères de la Charité. Il dispose d’une équipe pluridisciplinaire composée de psychologues, assistants sociaux, médecins et autres professionnels de la santé mentale, dédiée à la prise en charge des personnes souffrant de troubles psychologiques.